Logement#
En bref#
2,885 millions de ménages attendent un logement social fin 2025, un niveau inédit, pour 394 000 attributions dans l'année — soit une demande satisfaite sur 7,3, contre une sur cinq en 2021. Et les mises en chantier sont au plus bas depuis 26 ans.
Les deux crises se cumulent : la demande sociale monte pendant que l'offre neuve s'effondre. C'est le sujet où l'écart entre la gravité mesurée et la place dans le débat est le plus manifeste — Bernard Cazeneuve le qualifie d'ailleurs de « scandale passé sous silence ».
État des faits#
La construction neuve#
Données de cote A : service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Logements autorisés, juillet 2025 – juin 2026 | 376 241 |
| Écart avec la moyenne des cinq années précédentes | −8,0 % |
| Logements autorisés, février 2024 – janvier 2025 | 332 100, soit −11,4 % sur un an et −28 % par rapport aux douze mois précédant la crise sanitaire de 2020 |
| Mises en chantier | au plus bas depuis 26 ans |
| Logements commencés en juin 2026 | 25 666, quasi stable sur un mois |
| Autorisations, 1ᵉʳ semestre 2026 | +4,3 % par rapport à la moyenne mensuelle de 2025 |
Deux signaux contraires, qu'il faut donner ensemble. Les autorisations repartent légèrement (+4,3 % au premier semestre 2026), tandis que les mises en chantier restent au plus bas depuis 26 ans. Autoriser n'est pas construire : l'écart entre les deux mesure ce que les projets autorisés ne deviennent pas.
Le logement social#
Données de l'Union sociale pour l'habitat, fédération des bailleurs sociaux — cote C, organisation professionnelle dont l'orientation est à signaler.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Ménages en attente d'un logement social, fin 2025 | 2,885 millions, +4 % sur un an — niveau inédit |
| Ménages en attente, fin 2024 | 2,767 millions, +6 % sur un an |
| Attributions en 2025 | 394 000, +3 % sur un an |
| Part de la demande satisfaite dans l'année | 13,7 %, soit une demande sur 7,3 |
| Référence INSEE pour 2021 | une demande sur cinq satisfaite |
| Demandes en attente en Île-de-France, fin 2024 | 888 150, dont 30,5 % de locataires HLM demandant une mutation |
| Délai médian d'attribution en Île-de-France | près de deux ans et demi |
Le taux de satisfaction se dégrade. Une demande sur cinq en 2021, une sur 7,3 en 2025 : les attributions augmentent (+3 %) mais moins vite que la demande (+4 %). C'est un écart qui se creuse mécaniquement, année après année.
Le calcul du ratio est effectué par ce wiki, à partir des deux chiffres de l'USH.
Ce qui n'est pas établi#
- Les causes de l'effondrement des mises en chantier : taux d'intérêt, coût des matériaux, normes, prix du foncier, comportement des collectivités. Aucune source consultée n'en fait la part.
- L'effet des dispositifs fiscaux sur la construction — leur suppression ou leur maintien.
- Le nombre de logements vacants et son articulation avec la pénurie.
- Le mal-logement au sens large : ce chiffre n'est pas dans cette fiche.
Pénétration dans le grand public#
| Notoriété du sujet | moyenne, très en deçà de sa gravité mesurée |
| Niveau de connaissance moyen | non mesuré |
| Trajectoire | non mesurée |
| Base de cette estimation | estimation non sourcée |
Diversions et angles de détournement#
| Diversion | Mécanisme | Réponse courte |
|---|---|---|
| Confondre autorisé et construit | Un logement autorisé n'est pas un logement commencé, ni livré | Les autorisations repartent (+4,3 %) pendant que les chantiers sont au plus bas depuis 26 ans |
| Annoncer des logements « supplémentaires » sans base | Supplémentaires par rapport à quoi : à la tendance actuelle, ou en volume total ? | Sans point de référence, une promesse de construction n'est pas vérifiable |
| La demande de logement social comme file d'attente | 30,5 % des demandeurs franciliens sont déjà locataires HLM et demandent une mutation | Le chiffre ne mesure pas uniquement des personnes sans logement |
| Choisir l'année de comparaison | −8 % contre la moyenne quinquennale, −28 % contre l'avant-2020 | Le point de départ change l'ampleur du constat |
| Imputer la crise à une cause unique | Normes, taux, foncier, fiscalité : les sources n'en font pas la part | Aucune monocausalité n'est établie |
Angles par acteur#
| Acteur | Position | Source |
|---|---|---|
| Bruno Retailleau | Programme « Mieux se loger, et moins cher », présenté le 28 mai 2026 à Maisons-Alfort. Objectif : 1 million de logements supplémentaires en cinq ans, par la relance de l'offre. Priorité d'attribution du logement social aux travailleurs | Presse ; document non trouvé |
| Bernard Cazeneuve | Qualifie le logement de « scandale passé sous silence ». Impute la crise à des choix politiques — désinvestissement du logement social, spéculation, renoncement à réguler. Réponse : grand plan social et écologique de construction et de rénovation | Programme lu |
| Xavier Bertrand | Le logement doit occuper une place centrale dans le projet | Presse |
| Marine Tondelier et les Écologistes | Rénovation thermique massive du parc immobilier | Programme lu |
| Jean-Luc Mélenchon | Rénovation énergétique de l'ensemble du parc immobilier, dans le cadre de la planification écologique | Programme lu |
| Édouard Philippe · Gabriel Attal · Marine Le Pen · Jordan Bardella · Raphaël Glucksmann | Non documentées | — |
Ce que ce tableau montre#
Deux diagnostics opposés, et ils sont explicites. Retailleau impute la crise à un manque d'offre et propose de la relancer. Cazeneuve l'impute à des choix politiques — désinvestissement, spéculation, absence de régulation. Ce sont deux lectures causales incompatibles, et les données de cette fiche ne permettent pas de trancher entre elles.
Un chevauchement inattendu. Mélenchon, Tondelier et Cazeneuve convergent tous trois sur la rénovation — thermique ou énergétique — plutôt que sur la construction neuve. C'est la position majoritaire à gauche, et elle ne répond pas directement à la pénurie quantitative que documentent les chiffres ci-dessus.
Le sujet est peu porté. Cinq acteurs de premier plan n'ont aucune position documentée, dont les deux du bloc central et les deux du Rassemblement national.
Calendrier probable#
Projection. Le sujet remonte à l'automne avec le budget — les aides au logement et les dispositifs fiscaux y sont arbitrés — et lors des publications mensuelles de statistiques de construction, qui sont régulières et donc anticipables.
Affirmations en circulation#
Aucune fiche de réfutation n'est ouverte sur ce sujet. Deux sont prioritaires :
- Le « million de logements supplémentaires en cinq ans » de Bruno Retailleau, dont le point de référence n'est pas établi : supplémentaires par rapport à la tendance actuelle, ou en volume total ? Les mises en chantier de juin 2026, annualisées, représentent environ 308 000 logements par an — le sens de la promesse change du tout au tout selon la lecture.
- La confusion autorisé / construit, qui est la matrice des erreurs sur ce sujet.
Pour creuser#
- Données et études statistiques — la construction neuve
- Construction de logements, résultats à fin mai 2026
- Union sociale pour l'habitat — la demande et les attributions à fin 2025
Sources#
- Service des données et études statistiques (ministère de la Transition écologique), série « Construction de logements — résultats mensuels, France entière » (A) — https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-construction-neuve
- SDES, « Construction de logements : résultats à fin mai 2026 » et publications mensuelles associées (A)
- Union sociale pour l'habitat, « La demande et les attributions de logement social à fin 2025 », USH Statistiques n° 4 (cote C — fédération professionnelle des bailleurs sociaux, orientation à signaler) — https://www.union-habitat.org/centre-de-ressources/economie-financement/la-demande-et-les-attributions-de-logement-social-fin-0
- Union sociale pour l'habitat, données Île-de-France, socle Drihl 2024 (C)
- INSEE, « Une demande de logement social sur cinq satisfaite en 2021 » (A) — https://www.insee.fr/fr/statistiques/6469292
- Calculs de ratio effectués par ce wiki à partir des sources 3 et 5
- Programmes lus : « Lettre aux Français » (Cazeneuve), L'Avenir en commun (LFI), « Pour une prospérité écologique » (Les Écologistes) — cote D, sources partisanes
Limites#
- Cette fiche est cotée B et non A : les données décisives sur le logement social proviennent d'une fédération professionnelle, non d'un service statistique public. Elles n'ont pas été recoupées sur une source publique récente.
- La comparaison « une sur cinq en 2021 » contre « une sur 7,3 en 2025 » mêle deux sources et deux méthodes : l'INSEE pour la première, un calcul de ce wiki sur des données USH pour la seconde. Elle est indicative, pas rigoureuse.
- Le document programmatique de Bruno Retailleau sur le logement n'a pas été trouvé, alors qu'il est le seul candidat à avoir présenté un programme sectoriel sur ce sujet.
- Les logements vacants ne sont pas chiffrés, ni le mal-logement, ni les prix — à l'achat comme à la location. Ce sont trois absences majeures pour un sujet dont l'enjeu est l'accès.
- Les causes de l'effondrement des mises en chantier ne sont pas documentées, ce qui empêche d'arbitrer entre les deux diagnostics opposés des candidats.
- Cinq acteurs de premier plan n'ont aucune position documentée.
- Prochaine piste : retrouver le programme logement de Bruno Retailleau — c'est le seul document sectoriel du sujet — et chiffrer les prix et les logements vacants, sans lesquels cette fiche ne traite que de l'offre.