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Sécurité#

En bref#

Les homicides se stabilisent — 975 victimes en 2025, mettant fin à la hausse de 2020-2023 — mais les violences physiques repartent (+5 %) et les violences sexuelles progressent fortement (+8 %, +9 % pour les viols). Dans le même temps, la population carcérale bat un record : 86 100 détenus au 1ᵉʳ janvier 2026, en hausse de 6,8 % en un an, pour une densité de 135,8 % — et 165 % en maison d'arrêt.

C'est le sujet le plus consensuel de la campagne, au sens strict : presque tous les candidats le portent, y compris à gauche. Deux programmes de gauche emploient d'ailleurs le même intitulé — « refonder une police républicaine ».


État des faits#

La délinquance enregistrée en 2025#

Données de cote A : Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), bilan « Insécurité et délinquance en 2025 », dixième édition.

Indicateur 2025 Tendance
Homicides 975 victimes Stable — met fin à la hausse observée entre 2020 et 2023
Tentatives d'homicide +4 %, en ralentissement (rythme moyen depuis 2016 : +8 % par an)
Violences physiques +5 %, après +1 % en 2024
dont intrafamiliales +6 %
dont hors cadre familial +5 %
Violences sexuelles +8 %
dont viols et tentatives +9 %

La population carcérale#

Données de cote A : ministère de la Justice, Cour des comptes, Sénat.

Indicateur Valeur
Détenus au 1ᵉʳ janvier 2026, y compris outre-mer 86 100
Évolution sur un an +6,8 %
Détenus au 1ᵉʳ avril 2026, y compris outre-mer 88 100 (+6,3 % sur un an)
Densité carcérale au 1ᵉʳ octobre 2025 135,8 %
Densité en maison d'arrêt plus de 165 %
Places manquantes pour revenir à 100 % 22 361

Ces deux séries se lisent ensemble. La délinquance enregistrée est contrastée — homicides stables, violences en hausse — pendant que l'incarcération croît de près de 7 % en un an. L'une n'explique pas mécaniquement l'autre : la population carcérale dépend aussi des politiques pénales, de la durée des peines et du recours à la détention provisoire.

Ce qui n'est pas établi#

  • « Délinquance enregistrée » n'est pas « délinquance ». Les chiffres du SSMSI comptent les faits portés à la connaissance de la police et de la gendarmerie. Une hausse peut refléter une hausse des faits, une hausse des signalements, ou un changement d'enregistrement. Le SSMSI le dit lui-même, et complète ces données par des enquêtes de victimation, non consultées ici.
  • La hausse des violences sexuelles illustre exactement ce point : elle est généralement attribuée, au moins en partie, à une hausse des dépôts de plainte. Aucune source consultée ne permet d'en faire la part.
  • L'effet de l'incarcération sur la récidive fait l'objet d'un désaccord réel entre spécialistes.
  • L'effet des effectifs policiers sur la délinquance constatée.

Pénétration dans le grand public#

Notoriété du sujet maximale
Niveau de connaissance moyen non mesuré
Trajectoire non mesurée
Base de cette estimation estimation non sourcée

Le SSMSI publie par ailleurs des données sur le sentiment d'insécurité, distinct de la délinquance enregistrée. Elles n'ont pas été consultées, et c'est une lacune : c'est précisément l'écart entre les deux qui est politiquement opérant.

Diversions et angles de détournement#

Diversion Mécanisme Réponse courte
Confondre enregistré et réel Présenter une hausse des plaintes comme une hausse des faits Le SSMSI compte ce qui lui est signalé, et le dit
Le fait divers comme statistique Un événement marquant tient lieu de tendance 975 homicides par an, c'est une série ; un cas, ce n'est pas une courbe
Choisir l'indicateur qui arrange Homicides stables ou violences en hausse, selon la thèse Les deux sont vrais en 2025, et ils doivent être donnés ensemble
Choisir l'année de départ Comparer à 2020, année de confinements, gonfle mécaniquement les hausses Toute comparaison doit dire son point de départ
« Il n'y a qu'à construire des places » 22 361 places manquantes, mais la densité dépend aussi des politiques pénales Construire et incarcérer davantage peuvent se compenser
« La prison ne sert à rien » — et l'inverse Le débat sur la récidive est réel entre spécialistes, aucun camp ne peut invoquer un consensus

Angles par acteur#

Le fait notable de ce sujet : il n'y a pas de camp qui l'abandonne. À gauche comme à droite, la sécurité est revendiquée — ce qui n'était pas le cas lors des campagnes précédentes.

La sécurité revendiquée à gauche#

Acteur Position Source
Bernard Cazeneuve Revendique la sécurité frontalement à gauche : elle n'est pas présentée comme un thème de droite mais comme un dû, l'insécurité frappant d'abord les plus fragiles. Police de proximité aux effectifs formés, investissement dans la prévention, réponse au narcotrafic — unités spécialisées, peines réellement exécutées, Parquet européen élargi, gel des avoirs. Remise en cause du recours massif à la comparution immédiate, passée de 31 000 affaires en 2001 à près de 50 000 en 2021 Programme lu
Fabien Roussel Sécurité publique comme droit fondamental ; 30 000 policiers supplémentaires Notice
Karim Bouamrane Renforcement de la police municipale ; couvre-feu à 22 heures pour les mineurs non accompagnés Notice
Jean-Luc Mélenchon Refonder une police républicaine ; sortir de l'état d'urgence permanent Programme lu
Marine Tondelier et les Écologistes Refonder une police républicaine ; consacrer des moyens suffisants à la justice ; apaiser par la justice du quotidien ; humaniser la prison Programme lu

Deux programmes concurrents portent le même intitulé. « Refonder une police républicaine » figure à l'identique dans L'Avenir en commun et dans le programme des Écologistes. Le contenu peut différer ; l'intitulé, non.

La sécurité comme ligne de fermeté#

Acteur Position Source
Édouard Philippe Peines planchers pour les infractions graves ; « courtes peines » inspirées des pays nordiques ; suppression du juge d'application des peines ; pouvoir de sanction pénale aux maires ; « état d'urgence narco » avec reconnaissance faciale ciblée ; levée de l'excuse de minorité pour les délits liés aux drogues Site de campagne lu
Bruno Retailleau Fermeté pénale, moyens accrus. Treize mois place Beauvau, bilan non chiffré par ce wiki Notice
Marine Le Pen Renforcement des moyens de la police et de la justice, durcissement pénal. Aucun programme publié Notice
Gabriel Attal Renforcement de l'autorité de l'État Site de campagne

Ce que ce tableau montre#

Le clivage ne porte plus sur l'importance du sujet, mais sur les moyens. Personne ne propose de faire moins ; les propositions divergent sur la police de proximité contre la fermeté pénale, et sur le traitement de la prison — l'humaniser (Tondelier) ou y recourir davantage (Philippe).

Deux mesures n'ont d'équivalent nulle part ailleurs : la suppression du juge d'application des peines et la reconnaissance faciale ciblée, toutes deux proposées par Édouard Philippe. Ce sont des transformations institutionnelles, pas seulement des moyens.

La surpopulation carcérale traverse les propositions sans être traitée frontalement. À 135,8 % de densité et 22 361 places manquantes, toute politique de durcissement pénal se heurte à une contrainte matérielle qu'aucun programme lu ne chiffre.

Calendrier probable#

Projection. C'est, avec l'immigration, le sujet le plus dépendant de l'actualité : il remonte à l'occasion de faits divers, donc de manière non planifiable. Les campagnes précédentes montrent également une montée en fin de campagne.

Affirmations en circulation#

Aucune fiche de réfutation n'est ouverte sur ce sujet. Deux sont prioritaires :

  • La confusion délinquance enregistrée / délinquance réelle, qui est la matrice de presque toutes les erreurs sur ce sujet.
  • Le chiffre de Bernard Cazeneuve sur les comparutions immédiates — 31 000 en 2001, près de 50 000 en 2021 — qui est daté, attribué et vérifiable.

Pour creuser#

Sources#

  1. SSMSI (ministère de l'Intérieur), « Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique et atlas départemental », 10ᵉ édition (A) — https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Insecurite-et-delinquance-en-2025-bilan-statistique-et-atlas-departemental
  2. SSMSI, « Insécurité et délinquance en 2025 : une première photographie » (A) — https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/insecurite-et-delinquance-en-2025-premiere-photographie
  3. Ministère de la Justice, « Au 1ᵉʳ janvier 2026, +6,8 % de personnes détenues sur un an », Infos Rapides Justice n° 35 (A) — https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/au-1er-janvier-2026-68-personnes-detenues
  4. Ministère de la Justice, « Au 1ᵉʳ avril 2026, +6,3 % de personnes détenues sur un an » (A) — https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/au-1er-avril-2026-63-personnes-detenues
  5. Sénat, rapport sur le PLF 2026, mission « Administration pénitentiaire » (A) — https://www.senat.fr/rap/a25-145-6/a25-145-67.html
  6. Cour des comptes, « Une surpopulation carcérale persistante, une politique d'exécution des peines en question » (A) — https://www.ccomptes.fr/fr/publications/une-surpopulation-carcerale-persistante-une-politique-dexecution-des-peines-en — non lu
  7. Programmes lus : L'Avenir en commun (LFI), « Lettre aux Français » (Cazeneuve), « Pour une prospérité écologique » (Les Écologistes), site de campagne d'Édouard Philippe — cote D, sources partisanes

Limites#

  • Les bilans du SSMSI n'ont pas été lus intégralement : les chiffres viennent de leurs communiqués. Ils sont de cote A par leur origine.
  • Les enquêtes de victimation n'ont pas été consultées, alors qu'elles sont la seule manière de faire la part entre hausse des faits et hausse des signalements. C'est la lacune la plus importante de cette fiche, et elle affaiblit tout ce qui précède.
  • Les données sur le sentiment d'insécurité ne sont pas consultées non plus, alors que le SSMSI les publie et qu'elles sont politiquement décisives.
  • Aucun chiffre en valeur absolue n'est donné pour les violences physiques et sexuelles : seulement des évolutions en pourcentage. Sans les volumes, les pourcentages sont peu parlants.
  • Le bilan de Bruno Retailleau place Beauvau n'est toujours pas chiffré, alors qu'il couvre treize mois et que les données du SSMSI le permettraient.
  • Les positions de Jordan Bardella, Raphaël Glucksmann et Xavier Bertrand ne sont pas documentées.
  • Prochaine piste : consulter les enquêtes de victimation du SSMSI — c'est la seule donnée qui permettrait de traiter la confusion « enregistré / réel », première fiche de réfutation à ouvrir sur ce sujet.