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Les Plus Belles Fêtes de France#

En bref#

C'est le cas le mieux documenté de tout ce wiki, et le seul où l'on dispose du mécanisme complet : la structure, son financement, sa méthode d'approche des communes, les montants proposés, les montants réellement versés, la manière dont des élus ont découvert ce qu'ils avaient signé, et ce que la structure est devenue.

Un label proposé aux communes pour leurs fêtes traditionnelles. Derrière lui, deux structures créées à trois mois d'intervalle en 2024, financées par deux véhicules de l'écosystème de Pierre-Édouard Stérin. Une soixantaine de fêtes ont été labellisées.

Le fait qui rend ce dossier exemplaire n'est pas le financement — il est licite et déclaré. C'est la manière dont la crédibilité a été construite : un article dans la presse professionnelle des élus, une présence au Salon des maires, et un logotype du Sénat sur une plaquette. Trois marqueurs institutionnels, aucun engagement institutionnel.

Deux maires ont été entendues sous serment par la commission d'enquête du Sénat. Aucune des deux n'avait su ce qu'elle signait, et les deux se sont retirées.

Ce que cette fiche n'affirme pas

Aucune illégalité n'est établie ni alléguée ici. Financer une association est licite, proposer un label est licite, et une commune est libre d'y adhérer ou non.

Ce wiki n'a lu ni les statuts, ni la plaquette, ni la charte d'adhésion, ni le contrat de licence. Tout ce qui suit vient de dépositions sous serment et de ce que la rapporteure de la commission a établi en séance.


La structure, en deux étages#

Juillet 2024 Création de l'entreprise Studio 496, financée à hauteur de 180 000 € par BAD 21, holding de l'écosystème de Pierre-Édouard Stérin. Président : Thibault Farrenq. Directrice générale : Odile Téqui
Septembre 2024 Création de l'association Les Plus Belles Fêtes de France, financée à hauteur de 81 000 € en 2024-2025 par le Fonds du bien commun. Odile Téqui en est également directrice générale ; Thibault Farrenq y coordonne le label
Objet du label Subventions, formations au mécénat, mise en relation avec des sponsors, à destination des élus organisant des fêtes traditionnelles
Portée atteinte Une soixantaine de fêtes labellisées
État à la date de l'audition L'association n'a « manifestement plus d'activité » et Studio 496 a déposé le bilan

Les deux structures partagent leurs dirigeants. L'une est commerciale et financée par une holding, l'autre est associative et financée par un fonds de dotation. Ce wiki ne déduit rien de cette dualité — elle est courante — mais la consigne parce qu'elle est le seul élément de montage dont il dispose.

Comment la crédibilité a été construite — les trois marqueurs#

C'est le cœur du dossier, et les deux maires le disent dans les mêmes termes.

Marqueur Ce que les élues en disent Ce qu'il vaut réellement
Un article dans La Gazette des communes, 17 avril 2025 « il paraissait dans le média auquel nous accordons du crédit » C'est un publireportage. La rapporteure le précise en séance : une mention « en tout petits caractères » indiquait qu'il émanait de l'association elle-même
Une annonce au Salon des maires « Une annonce au Salon des maires prend en effet une valeur institutionnelle » Un stand se loue
Le logotype du Sénat sur la plaquette, au dos, parmi les partenaires « Il était rassurant d'y voir figurer le logotype du Sénat. L'association paraissait sérieuse » Aucun engagement du Sénat n'est établi. Une invitation à une soirée « escale du patrimoine vivant » au Sénat figurait par ailleurs dans l'offre

« Ces interlocuteurs étaient apparemment également reçus au Sénat, ce qui pour nous était encore un gage de sérieux. » — Isabelle Dexpert, maire de Bazas

Le mécanisme est identique à celui du Passeport du civisme, où un logotype ministériel a été apposé après un refus d'agrément. Dans les deux cas, ce n'est pas une fausse déclaration : c'est un voisinage visuel avec une institution.

Bazas : le calcul qui a tout arrêté#

Isabelle Dexpert, maire d'une commune de moins de 5 000 habitants, deuxième mandat. La fête des Bœufs Gras existe depuis 1283 ; budget annuel 35 000 à 40 000 €, dont l'essentiel part en primes de 1 000 € par bête aux éleveurs.

C'est la commune qui a sollicité le label, par bouche-à-oreille — le président d'une association partenaire de la fête le lui a suggéré.

La subvention annoncée a diminué à chaque étape :

Étape Montant évoqué
Premier contact téléphonique 5 000 à 8 000 €
Réception de la plaquette maximum 7 200 €
Après échanges électroniques 6 000 €
Confirmation finale 1 000 €

Motif donné pour la baisse finale : « l'association préférait finalement accompagner dans une moindre proportion davantage de communes ».

En face, les obligations d'adhésion :

Charge Montant
Cotisation annuelle, engagement de trois ans 250 €
Majoration de 20 % en cas d'obtention du label + 50 €
Panneaux d'entrée de ville au logotype du label 4 entrées
Minimum 15 exemplaires du guide Michelin, à 4 € pièce — la commune en prévoyait 50 200 €
Dépense totale calculée par la commune 1 420 €

Pour une subvention de 1 000 euros, la commune aurait donc déboursé 1 420 euros.

« Ce n'était pas la meilleure affaire que j'avais pu conclure… »

La convention a été dénoncée en juin 2025, avant même que la presse n'alerte. En juillet, un habitant transmet des articles ; la maire interroge alors ses collègues d'Hasparren et d'Hendaye, déjà retirés ou en cours de résiliation.

« J'ai considéré que le concept en était malhonnête, que l'on essayait de profiter de nous politiquement […] J'ai le sentiment d'avoir été abusée par l'apparence d'une proposition intéressante qui, en définitive, nous desservait, mais peut-être servait les intérêts de quelqu'un d'autre. »

Elle refuse par ailleurs tout ce qui n'est pas de l'argent : valorisation de l'image, attractivité, dépôt d'une marque, visibilité en ligne. « J'ai systématiquement répondu que nous n'avions pas besoin de cela, que notre fête ne manquait pas de notoriété. »

Paimpol : le démarchage par appel à projets#

Fanny Chappé, maire d'une commune de 7 500 habitants. La fête des Islandais existe depuis plus d'un siècle et célèbre 2 000 marins disparus en mer. Une édition avait dû être supprimée pour raisons de coût.

Ici, la commune n'a rien demandé.

« Nous n'avons, pour notre part, pas entendu parler du label, c'est le label qui est venu à nous, le 14 novembre 2024, sous la forme d'un appel à projets. »

L'offre : dix communes lauréates, une bourse de 5 000 €, un « label officiel », une mise en avant « sur des supports officiels et dans les médias », une invitation à une soirée au Sénat, et un bon pour un reportage photo-vidéo d'une valeur de 1 200 € réalisé par un partenaire.

« Autant vous dire que c'est le montant de la bourse qui nous intéressait. »

Les documents reçus : une charte nationale d'adhésion soulignant la gratuité de la première année, une lettre d'engagement de don, un contrat de licence, puis un courrier de sélection.

L'alerte est venue d'un pair. En 2025, le président du festival des Chants marins et musiques du monde — plus de 150 000 personnes — l'appelle : il a décliné la proposition et « se sentait harcelé » par l'association, ce qu'il a dit dans la presse. Il signale que des articles d'élus du Sud-Ouest renonçant au label circulent dans le réseau des festivals.

La vérification faite alors, et son résultat, sont le point le plus important de cette fiche :

« Je demande à mes services de consulter le site en ligne de l'association et d'y regarder si la transparence était suffisante pour obtenir des éléments d'informations sur ses membres. Nous ne trouvons rien. »

Retrait décidé en équipe municipale, avec demande que le nom de la ville disparaisse du site. Aucun engagement n'avait été pris, aucune subvention versée.

Une honnêteté qu'il faut relever

Fanny Chappé ne présente pas son retrait comme la seule décision possible :

« il semblerait que d'autres collectivités, disposant de la même information, aient décidé de continuer. C'est aussi un choix politique que la Ville de Paimpol a effectué ; il n'a d'ailleurs pas suscité l'adhésion de l'ensemble de la population. »

Ce wiki retient cette phrase telle quelle. Savoir d'où vient l'argent et décider quand même sont deux choses distinctes, et la seconde appartient aux élus et à leurs électeurs. Ce que la transparence permet, c'est de choisir en connaissance de cause — pas de choisir à leur place.

Ce que les deux maires demandent#

Les deux insistent sur la même cause matérielle, et il faut la citer avant les remèdes :

« ma commune ne dispose pas de cabinet ni de collaborateurs de cabinet. Notre directrice générale des services court à longueur de journée, entre les affaires des écoles, les problèmes de fuites, les contrats d'assurance, les marchés […] Nous ne disposons guère de temps pour de la prospection et peut-être surtout pour être plus exigeants encore dans l'appréciation des éléments qui pèsent dans les décisions que nous prenons. »

Deux demandes concrètes en sortent :

  1. Un référent au sein de l'AMF, du Congrès des maires ou des associations départementales, « qui sécurise ce genre de contacts de nos collectivités avec des acteurs privés ».
  2. Une formation pour « se repérer dans les labels, appels à projets et autres appels à manifestation d'intérêt », afin de « développer notre esprit critique et mieux comprendre ce qui nous est proposé ».

À rapprocher de deux éléments déjà établis dans ce wiki : la ministre chargée de la décentralisation a posé la distinction label / marque et refusé la création d'un fichier national ; et l'Association des maires de France a déclaré devant la même commission n'avoir reçu aucune sollicitation de communes sur ce type de phénomène. Les deux maires entendues ici n'avaient effectivement saisi personne — l'une a alerté sa sénatrice, l'autre a interrogé ses collègues.

Pour creuser#

Sources#

  1. Sénat, commission d'enquête sur les financements privés de politiques publiques, rapport n° 860, tome II, table ronde de Mmes Isabelle Dexpert, maire de Bazas, et Fanny Chappé, maire de Paimpol, p. 673 (A — dépositions sous serment) — ✅ LUE le 26 août 2026, intégralement
  2. Sénat, même rapport, audition de MM. Guy Geoffroy (AMF), Bertrand Hauchecorne (AMRF) et Frédéric Potier (Régions de France), 29 avril 2026, p. 499 (A) — ✅ LUE : la mise en garde diffusée par l'AMRF sur ce label
  3. Sénat, même rapport, audition de Mme Françoise Gatel, ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, 20 mai 2026, p. 597 (A) — ✅ LUE : la distinction label / marque
  4. Les chiffres de structure — dates de création, montants de 180 000 € et 81 000 €, dirigeants — sont établis en séance par la rapporteure Colombe Brossel, qui les énonce sans être contredite (A pour le fait qu'ils ont été énoncés ; non recoupés sur registre par ce wiki)

Limites#

  • Aucune pièce n'a été consultée par ce wiki : ni les statuts des deux structures, ni la plaquette, ni la charte d'adhésion, ni le contrat de licence, ni le publireportage du 17 avril 2025, ni le site de l'association — désormais sans activité.
  • Les montants de 180 000 € et 81 000 € viennent de la rapporteure, qui les énonce en séance. Ni les comptes de Studio 496, ni ceux de l'association, ni ceux de BAD 21 n'ont été consultés. Le dépôt de bilan de Studio 496 n'a pas été vérifié au greffe.
  • La « soixantaine de fêtes labellisées » n'est pas une liste. Ce wiki ne connaît que quatre communes concernées — Bazas, Paimpol, Hasparren, Hendaye — et pour deux d'entre elles seulement par le récit d'une tierce.
  • Le nombre de communes retirées n'est pas établi. L'allégation initiale parlait d'un tiers et d'une démission en bloc du conseil d'administration ; aucun des deux points n'est confirmé par ces auditions, qui n'en parlent pas.
  • Aucun représentant des deux structures n'a été entendu, ni par la commission dans les pages lues, ni par ce wiki. La symétrie n'est pas assurée : les personnes nommées ici n'ont pas eu l'occasion de répondre, et cette fiche ne leur impute aucune infraction.
  • Le lien avec Pierre-Édouard Stérin passe par deux véhicules — BAD 21 et le Fonds du bien commun — et n'implique aucune décision personnelle établie de sa part sur ce dossier.
  • Prochaine piste : retrouver au greffe du tribunal de commerce les comptes et le dépôt de bilan de Studio 496, et au Journal officiel la déclaration de l'association — deux documents publics qui donneraient les dates, les dirigeants et les montants sur pièces, là où cette fiche s'appuie sur ce qui a été dit en séance.