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L'aide publique aux partis — la ventilation nominative#

En bref#

64 262 871,05 euros ont été répartis entre les partis politiques français pour l'année 2026, par le décret n° 2026-149 du 3 mars 2026. Le décret nomme chaque bénéficiaire et donne son montant au centime près.

Cette fiche existe pour une raison précise : dix-huit fiches candidats de ce wiki déclaraient que « le financement de X n'a pas été instruit ». Cette lacune, répétée dix-huit fois, est ici levée pour la plupart des partis concernés.

Le résultat le plus contre-intuitif du dossier : les deux partis les plus dotés en aide publique sont aussi les deux plus endettés, tandis que les deux partis les plus riches en fonds propres — le PCF et le PS — ne sont ni l'un ni l'autre en tête de l'aide publique.


La ventilation 2026, parti par parti#

Source : décret n° 2026-149 du 3 mars 2026, annexes I et II (cote A). Montants en euros. Classement par total décroissant.

Parti (dénomination du décret) 1ʳᵉ fraction (voix) 2ᵈᵉ fraction (parlementaires) Total 2026
Rassemblement national 10 021 603,06 4 712 693,18 14 734 296,24
Ensemble ! 5 812 552,02 5 236 325,75 11 048 877,77
Parti socialiste 3 188 597,86 4 787 497,83 7 976 095,69
Les Républicains 1 035 256,10 6 320 993,23 7 356 249,33
La France insoumise 4 125 435,93 2 543 358,22 6 668 794,15
Les Écologistes — EELV 1 877 896,65 1 832 714,01 3 710 610,66
Horizons 1 006 351,73 2 057 127,97 3 063 479,70
Parti communiste français 945 350,84 1 159 472,13 2 104 822,97
Union des démocrates européens 234 240,13 1 795 311,69 2 029 551,82
Régions et peuples solidaires 529 353,38 935 058,17 1 464 411,55
Alliance centriste 177 294,09 1 009 862,82 1 187 156,91
UDR — Union des droites 33 467,83 673 241,88 706 709,71
Lutte ouvrière 393 786,13 — 393 786,13
Reconquête ! 197 837,78 — 197 837,78
Debout la France 134 090,69 — 134 090,69

Cette liste est incomplète, et il faut le dire. La somme des montants ci-dessus donne 29 713 114,22 € pour la première fraction et 33 063 656,88 € pour la seconde, alors que le décret totalise 30 077 144,37 € et 34 185 726,68 €. Il manque donc environ 364 000 € et 1 122 000 €, correspondant à des formations non extraites — notamment ultramarines : Pour La Réunion (46 172,35 €), Tavini Huiraatira (41 465,21 €), Péyi-A (32 850,51 €) figurent au décret sans être reprises dans le tableau principal.

Un avertissement sur les noms#

Les dénominations du décret sont juridiques, pas usuelles. Le décret verse à des « groupements politiques » dont le nom ne coïncide pas toujours avec le parti au sens courant. Le cas le plus net est « Ensemble ! », qui n'est pas synonyme de Renaissance : la CNCCFP, pour l'exercice 2024, ventile l'aide d'Ensemble entre Renaissance (13,19 M€), MoDem (3,81 M€) et Horizons (2,46 M€).

Attribuer directement le total « Ensemble ! » à Renaissance serait donc une erreur.

Les deux fractions, et la retenue pour non-parité#

L'aide se divise en deux fractions (loi n° 88-227 du 11 mars 1988) :

Fraction Critère Montant 2026
Première Voix obtenues au dernier renouvellement de l'Assemblée nationale (législatives de juin-juillet 2024) 30 077 144,37 €
Seconde Parlementaires ayant déclaré s'y rattacher en novembre 2025 — députés et sénateurs 34 185 726,68 €
Total 64 262 871,05 €

Cette fiche a longtemps présenté l'écart entre les deux fractions comme inexpliqué. C'était une erreur de raisonnement, et elle est corrigée.

La loi ne dit pas que les deux fractions versées sont égales. Elle dit que l'enveloppe est divisée en deux parts égales, puis que la première est réduite pour les formations n'ayant pas respecté la parité des candidatures (article 9-1), sans que cette retenue aille grossir la seconde. La bonne comparaison n'est donc pas « chaque fraction contre la moitié du versé », mais première fraction avant modulation contre seconde fraction.

L'avis CNCCFP sur l'exercice 2024, désormais lu directement, donne les deux termes et la démonstration tient en quatre lignes :

Grandeur (exercice 2024) Montant
Retenues pour non-respect de la parité 2 083 346 €
Première fraction versée 32 251 992 €
Première fraction avant modulation 34 335 338 €
Seconde fraction 34 112 621 €

Les deux fractions sont égales à 0,65 % près, le résidu correspondant au second mécanisme prévu par la loi : les voix des candidats déclarés inéligibles sont déduites.

Appliqué à 2026, cela permet de calculer un chiffre que le décret ne publie pas :

34 185 726,68 − 30 077 144,37 = 4 108 582,31 € retenus en 2026 pour non-parité et voix déduites — près du double de 2024.

La ventilation nominative de cette retenue pour 2026 n'est pas publiée. Celle de 2024 l'est, et elle est détaillée dans les comptes des partis 2024 : Les Républicains (1 290 620 €) et Ensemble ! (510 902 €) en supportent 86 %, tandis que le RN, LFI, le PS, le PCF et Reconquête ! n'ont rien payé à ce titre.

Ce que révèle la comparaison des deux fractions#

C'est le principal enseignement du décret, et il n'est visible qu'en lisant les deux colonnes ensemble.

Parti Rang sur les voix Rang sur les parlementaires
Rassemblement national 1ᵉʳ (10,02 M€) 4ᵉ (4,71 M€)
Les Républicains 6ᵉ (1,04 M€) 1ᵉʳ (6,32 M€)

Le RN obtient dix fois plus que LR sur les voix, et moitié moins sur les parlementaires. La cause est documentée par le décret lui-même, qui donne les effectifs :

Parti Députés Sénateurs
Les Républicains 45 124
Rassemblement national 123 3

Le Sénat est ce qui finance Les Républicains. Avec presque trois fois moins de députés que le RN, LR perçoit davantage au titre de la seconde fraction grâce à ses 124 sénateurs, contre 3 au RN.

Le même effet joue pour l'Union des démocrates européens (7 députés, 41 sénateurs, 1,80 M€) et l'Alliance centriste (3 députés, 24 sénateurs, 1,01 M€) : deux formations peu visibles nationalement, mieux dotées que Reconquête ! et Debout la France réunies.

C'est une conséquence directe du mode de renouvellement du Sénat, qui fait entrer dans le financement des partis un décalage de plusieurs années avec le vote populaire. Ce n'est ni un dysfonctionnement ni une faveur : c'est le fonctionnement prévu.

Le patrimoine ne suit pas l'aide publique#

Le second dossier de cote A est l'avis de la CNCCFP sur les comptes des partis, exercice 2024, désormais lu directement. Il donne une image que l'aide publique seule ne laisse pas deviner.

Parti Situation nette (2024) Aide publique 2024
Parti communiste français +34 503 143 € 2,18 M€
Parti socialiste +33 435 409 € 4,68 M€
Les Écologistes +10 562 465 € 3,20 M€
Reconquête ! +5 135 926 € 1,56 M€
Lutte ouvrière +4 195 534 € 0,43 M€
La France insoumise +1 048 538 € 7,95 M€
Ensemble ! (guichet de reversement) +3 173 € 19,47 M€
Les Républicains −3 643 380 € 9,50 M€
Rassemblement national −11 002 866 € 10,18 M€

Les deux formations les mieux dotées en aide publique — le RN et Les Républicains — sont les deux seules en situation nette négative. Le RN cumule 18,9 M€ de dettes pour 7,9 M€ d'actif ; LR 12,3 M€ de dettes pour 8,6 M€ d'actif.

À l'inverse, le PCF, dont l'aide publique ne représente que 6,9 % de ses produits, détient la première situation nette du pays — 34,5 M€ — et perçoit 17,4 M€ de dons et cotisations, davantage que tout autre parti.

Renaissance, le MoDem et Horizons ne figurent pas dans ce tableau : n'étant pas éligibles directement à l'aide publique, ils sont absents des tableaux nominatifs de l'avis. La situation nette de Renaissance (+21,7 M€) reste de cote C.

Deux modèles de financement, lisibles dans les dons#

Sommes des cotisations d'adhérents, des cotisations d'élus et des dons de personnes physiques, exercice 2024. Cote A, sauf mention.

Parti Dons et cotisations (2024)
Parti communiste français 17 442 121 €
Parti socialiste 7 437 555 €
Rassemblement national 5 110 002 €
Les Écologistes 4 327 063 €
Les Républicains 3 346 021 €
Reconquête ! 3 169 231 €
Lutte ouvrière 2 675 168 €
La France insoumise 1 585 153 €
Renaissance ~2,6 M€ (cote C)
MoDem ~218 000 € (cote C)
Ensemble ! 0 €

L'écart entre le PCF (17,4 M€) et le MoDem (218 000 €) est d'un facteur quatre-vingts. Il ne mesure pas la popularité : il mesure la présence ou l'absence d'une base cotisante organisée, héritée d'histoires de parti très différentes.

Deux lignes méritent d'être lues ensemble : La France insoumise perçoit 1,59 M€ de dons et cotisations, moins du tiers du RN, et ne déclare aucune cotisation d'adhérent — le mouvement n'a pas d'adhésion payante. Ce n'est pas une faiblesse financière : c'est un choix d'organisation, qui rend LFI dépendante à 57,7 % de l'aide publique, contre 6,9 % pour le PCF.

L'écosystème, et sa concentration#

Indicateur (exercice 2024) Valeur
Formations tenues de déposer des comptes 635 — dont 575 l'ont fait, 60 ne l'ont pas fait
Non-respect des obligations légales constaté 104 partis
Signalements aux procureurs de la République 42 formations (79 en 2018)
Partis éligibles à l'aide publique (XVIᵉ législature) 41 — dont 38 ont déposé des comptes 2024
Aide publique totale 66,44 M€ — 32,25 M€ (1ʳᵉ fraction) + 34,19 M€ (2ᵈᵉ)
Dépenses totales des partis 212 666 687 €
Dons et cotisations 72,95 M€ (66,14 M€ en 2023, +10 %)
Part de l'aide captée par les 11 partis percevant plus de 1 M€ 99 %
Part captée par Ensemble ! et le RN à eux deux 44,7 %

L'aide publique est donc très concentrée : onze formations sur plusieurs centaines en perçoivent 99 %, et deux d'entre elles près de la moitié.

Le nombre de formations, lui, croît fortement : 493 en 2016, environ 600 en 2023, un peu moins de 650 en 2024, 747 en 2025. La CNCCFP rapporte l'approche des élections municipales comme facteur de cette inflation.

Les cas qui éclairent des fiches candidats#

Trois éléments de l'avis CNCCFP portent directement sur des candidats déclarés.

Fait Portée
Place publique (Raphaël Glucksmann) n'a perçu que 7 499 € d'aide publique en 2024 Éclaire, sans le juger, l'adossement de sa candidature au Parti socialiste
LFI reverse 70 400 € à Picardie debout, mouvement de François Ruffin Transfert entre formations, antérieur à la rupture publique
Les Républicains versent 30 000 € à Force républicaine, mouvement dirigé par Bruno Retailleau Le candidat LR dirige une formation financée par son parti
Le NPA a perçu 9 444 € Ordre de grandeur des formations d'extrême gauche

Ces transferts sont légaux et déclarés — ils figurent dans un avis public de la CNCCFP. Les mentionner n'est pas les mettre en cause. La liste complète des reversements, parti par parti, figure dans les comptes des partis 2024.

Ce que ce dossier ne dit pas#

  • L'aide publique n'est pas le financement de campagne présidentielle. Ce sont deux régimes distincts : voir le financement de la campagne.
  • Aucun de ces montants ne préjuge d'un résultat électoral.
  • Les montants 2026 ne sont pas les montants de campagne 2027 : la répartition sera recalculée après les législatives suivantes.
  • La situation nette négative du RN et de LR n'est pas, en soi, une irrégularité. Un parti peut être endetté sans manquer à ses obligations comptables.

Pour creuser#

Sources#

  1. Décret n° 2026-149 du 3 mars 2026 pris pour l'application des articles 8, 9 et 9-1 de la loi n° 88-227 du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique, annexes I et II (A — texte réglementaire publié au Journal officiel) — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053613045
  2. Avis relatif à la publication générale des comptes des partis et groupements politiques au titre de l'exercice 2024, CNCCFP, délibéré le 18 décembre 2025, publié au JO du 10 février 2026, NOR CCCJ2602899V (A) — ✅ obtenu et lu intégralement le 25 août 2026 (materiel) — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053453043
  3. CNCCFP, même avis, version PDF, 46 pages, 17 tableaux nominatifs (A) — https://cnccfp.fr/wp-content/uploads/2026/02/Avis-relatif-a-la-publication-generale-des-comptes-des-partis-et-groupements-politiques-au-titre-de-lexercice-2024.pdf
  4. Public Sénat, « Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne » (C — chaîne parlementaire publique) — source d'origine des chiffres de cette fiche, désormais remplacée par le document lui-même ; conservée parce qu'elle reste la seule source du nombre de formations en 2025 (747) et de la situation nette de Renaissance — https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/explosion-des-micro-partis-formations-dans-le-rouge-aides-publiques-et-surprises-ce-que-revele-le-rapport-de-la-commission-des-comptes-de-campagne
  5. Loi n° 88-227 du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique, article 9-1 (modulation de la première fraction pour non-respect de la parité) (A) — https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000321646

Cotation. Les montants de la ventilation 2026 sont de cote A : ils proviennent d'un décret publié. Les chiffres de situation nette, de dons, de produits et de reversements sont passés de cote C à cote A le 25 août 2026, lorsque l'avis de la CNCCFP a été lu directement. Deux exceptions subsistent, signalées en clair dans le texte : la situation nette et les dons de Renaissance et du MoDem, qui ne figurent pas dans les tableaux nominatifs de l'avis et restent de cote C.

Limites#

  • Le tableau de ventilation 2026 est incomplet : il manque environ 364 000 € sur la première fraction et 1 122 000 € sur la seconde, correspondant à des formations non extraites, principalement ultramarines. Les totaux du décret sont exacts ; le détail ne l'est pas.
  • La ventilation 2026 des retenues pour non-parité n'est pas publiée. Le décret ne donne que le montant net. Les 4 108 582,31 € calculés dans cette fiche sont un total déduit par soustraction, non une donnée publiée ; leur répartition par parti demanderait une demande à la CNCCFP ou au ministère de l'intérieur. La ventilation 2024, elle, est connue et documentée.
  • Le quasi-doublement de la retenue entre 2024 et 2026 n'est pas expliqué. Une hypothèse existe — la convocation en trois semaines des législatives de juin-juillet 2024 a pu dégrader la parité des investitures — mais elle n'est pas vérifiée et ne doit pas être lue comme un fait.
  • Renaissance, le MoDem, Horizons et l'UDR échappent au contrôle documentaire direct. N'étant pas éligibles en propre à l'aide publique au titre de la XVIᵉ législature, ils sont absents des tableaux nominatifs de la CNCCFP. Leurs comptes existent et sont publiés séparément sur le site de la Commission, mais ce wiki ne les a pas lus. C'est une asymétrie documentaire réelle entre les partis de ce wiki, et elle joue au détriment de la majorité présidentielle sortante.
  • La clé de répartition d'Ensemble ! est celle de 2024 (Renaissance 67,75 %, MoDem 19,57 %, Horizons 12,65 %). Rien ne garantit qu'elle vaille pour 2026, alors que les trois partis portent désormais des candidatures concurrentes.
  • L'aide publique aux formations ultramarines n'est pas traitée, alors qu'elle obéit à des règles de seuil distinctes.
  • Prochaine piste : les comptes individuels de chaque parti, publiés en intégralité sur le site de la CNCCFP et sur data.gouv.fr, permettraient de traiter Renaissance, le MoDem et Horizons au même niveau que les autres, et de détailler le poste « Autre » des produits — 30,8 % chez LFI, 37,9 % au PCF.